14 juillet 1851

« 14 juillet 1851 » [source : Leeds], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8890, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, mon pauvre sublime piocheur, bonjour. C’est aujourd’hui que commence la laborieuse semaine, Dieu veuille que tu n’en sortesa pas épuisé et malade. Je donnerais tout au monde pour que ce moment-là fût passé sans que tu en sois plus souffrant. J’aurais désiré assister à la séance dans laquelle tu parleras, comme je désirerais me trouver sur le champ de bataille ou tu combattrais, comme je désire être partout où tu es surtout quand il peut y avoir pour toi danger, souffrance ou ennui. Mais je sais que d’une part cela n’est pas possible et que d’autre part tu n’aimes pas à me savoir si près de toi quand tu dois parler. Je me résigne devant ces deux obstacles presque insurmontables, ne voulant pas d’ailleurs t’importuner et te gêner par mon exigeante sollicitude. Je resterai chez moi, mon pauvre bien-aimé, attendant que tu reviennesb de la bataille triomphant mais fatigué. Encore si tu pouvais d’ici là mettre à profit pour te reposer et te réconforter tout ce qui te reste de temps, tu aurais plus de force pour résister aux criailleries et aux vociférations de la droite mais tu n’en feras rien. Tu es d’une activité si dévorante qu’elle t’en fait oublier jusqu’au soin de ta vie. C’est bien triste pour moi qui l’ai de joie et de bonheur que dans ta santé. Cette nuit encore tu as veillé et travaillé jusqu’à plus d’une heure du matin. Mais à quoi bon toutes ces remarques dont tu ne peux tenir aucun compte, mon pauvre bien-aimé, poussé et excité comme tu l’es pas la plus admirable et la plus sublime abnégation de toi-même qui te force à te sacrifier dans l’intérêt général ? Il faut se résigner, t’admirer et t’aimer, c’est ce que je fais de toutes les forces de mon cœur et de mon âme. De ton côté, mon pauvre petit homme, ménage-toi tant que tu pourras pour ne pas arriver déjà épuisé au moment décisif. Je t’en prie à genoux.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « sorte ».

b « revienne ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle apprend la liaison de Hugo avec Léonie Biard (qui dure depuis 7 ans), et le sauve quand il est recherché par la police après le coup d’État.

  • 1851Hugo visite les caves de Lille.
  • 11 juinCharles Hugo, défendu par son père en cour d’assises, condamné à six mois de prison pour un article contre la peine de mort.
  • 28 juinJuliette Drouet reçoit le paquet des lettres d’amour de Hugo à Léonie Biard, que celle-ci lui envoie pour l’informer de leur liaison.
  • 17 juilletDiscours de Hugo contre la révision de la constitution.
  • 15 septembreFrançois-Victor et Paul Meurice condamnés à neuf mois de prison pour avoir réclamé dans un article le droit d’asile pour les proscrits.
  • 21-23 octobreExcursion vers Melun et Fontainebleau.
  • 26-27 octobreAutre excursion.
  • 2 décembreCoup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Hugo est l’un des sept membres du Comité de résistance.
  • 11 décembreHugo part en exil, et passe la frontière belge avec un passeport au nom de Lanvin, ami de Juliette Drouet.
  • 13 décembreJuliette Drouet rejoint Hugo à Bruxelles en emportant la malle aux manuscrits.